L'UE s'appuie davantage sur la Russie pour ses engrais

L'Union européenne importe de plus en plus d'engrais de la Russie, qui est devenue son principal fournisseur en 2020. Cette situation pose des risques pour la sécurité alimentaire et la transition écologique de l'UE, selon une étude publiée par le think tank AgriFood Economics.

## La Russie, premier partenaire commercial de l'UE pour les engrais

Selon l'étude, l'UE a importé 11,7 millions de tonnes d'engrais de la Russie en 2020, soit une augmentation de 43 % par rapport à 2016. La Russie représente désormais 31 % des importations totales d'engrais de l'UE, devant le Maroc (12 %), la Norvège (10 %) et la Biélorussie (9 %).

La Russie est notamment le premier fournisseur de l'UE pour les engrais azotés et potassiques, qui sont essentiels pour la croissance des plantes. Les engrais azotés représentent 60 % des importations d'engrais de l'UE, tandis que les engrais potassiques en représentent 16 %.

L'étude souligne que la dépendance de l'UE vis-à-vis de la Russie pour ses engrais s'explique par plusieurs facteurs, dont la compétitivité des producteurs russes, qui bénéficient de coûts de production plus faibles, d'un accès privilégié aux ressources naturelles et d'un soutien public. La Russie dispose également d'une capacité de production supérieure à la demande intérieure, ce qui lui permet d'exporter massivement ses engrais vers l'UE et d'autres marchés.

## Des risques pour la sécurité alimentaire et la transition écologique de l'UE

L'étude met en garde contre les risques que représente la dépendance de l'UE vis-à-vis de la Russie pour ses engrais, tant sur le plan politique qu'économique et environnemental.

Sur le plan politique, l'étude rappelle que les relations entre l'UE et la Russie sont marquées par des tensions et des sanctions, qui pourraient affecter le commerce des engrais. L'étude cite notamment le cas de la Biélorussie, qui a été frappée par des sanctions de l'UE en 2021, suite à la répression du mouvement démocratique et à l'incident du vol Ryanair. La Biélorussie est le quatrième fournisseur d'engrais de l'UE, et une partie de ses exportations transitent par la Russie.

Sur le plan économique, l'étude souligne que la dépendance de l'UE vis-à-vis de la Russie pour ses engrais la rend vulnérable aux fluctuations des prix et des disponibilités. L'étude rappelle que les prix des engrais ont connu une forte hausse en 2021, en raison de la demande mondiale, des coûts de transport et des tensions géopolitiques. L'étude estime que cette hausse des prix pourrait avoir un impact négatif sur la rentabilité des agriculteurs européens, qui consacrent en moyenne 15 % de leurs coûts de production aux engrais.

Sur le plan environnemental, l'étude pointe que la dépendance de l'UE vis-à-vis de la Russie pour ses engrais va à l'encontre de ses objectifs de transition écologique et de souveraineté alimentaire. L'étude rappelle que les engrais sont responsables de 18 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole de l'UE, et qu'ils contribuent à la pollution des sols et des eaux. L'étude souligne que l'UE s'est fixé comme objectif de réduire de 20 % l'utilisation des engrais d'ici 2030, dans le cadre de sa stratégie « De la ferme à la fourchette ». L'étude suggère que l'UE devrait encourager le développement d'alternatives aux engrais conventionnels, comme les engrais organiques, les légumineuses ou les biostimulants.

## Des pistes pour réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis de la Russie pour ses engrais

L'étude propose plusieurs pistes pour réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis de la Russie pour ses engrais, et pour renforcer la résilience et la durabilité du secteur agroalimentaire européen.

Parmi ces pistes, l'étude recommande de diversifier les sources d'approvisionnement en engrais, en soutenant le développement de la production locale et en renforçant les partenariats avec des pays tiers. L'étude cite notamment le cas du Maroc, qui dispose de vastes réserves de phosphate, et qui a signé un accord de coopération avec l'UE en 2019.

L'étude préconise également de promouvoir une utilisation plus efficace et plus raisonnée des engrais, en améliorant les pratiques agronomiques, en utilisant des outils numériques et en sensibilisant les agriculteurs. L'étude mentionne l'exemple de l'initiative « 4 pour 1000 », lancée par la France en 2015, qui vise à augmenter le stockage du carbone dans les sols agricoles, en favorisant l'agroécologie et l'agroforesterie.

L'étude appelle enfin à stimuler l'innovation et la recherche dans le domaine des engrais, en soutenant le développement de nouvelles solutions, comme les engrais de précision, les engrais à libération contrôlée ou les engrais issus de l'économie circulaire. L'étude souligne que l'UE dispose d'un potentiel important pour valoriser les déchets organiques, les coproduits agricoles ou les effluents d'élevage, en les transformant en engrais de qualité.

Sources '
(1) Agriculture : la balance commerciale agroalimentaire de l’UE reste .... https://france.representation.ec.europa.eu/informations/agriculture-la-balance-commerciale-agroalimentaire-de-lue-reste-positive-2022-06-28_fr.
(2) Agriculture – Action de l’UE | Union européenne. https://european-union.europa.eu/priorities-and-actions/actions-topic/agriculture_fr.
(3) Une agriculture biologique pour nourrir l’Europe en 2050 | CNRS. https://www.cnrs.fr/fr/presse/une-agriculture-biologique-pour-nourrir-leurope-en-2050.

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